L’Italie et moi, nous avons eu le coup de foudre vers la fin des années 60, quand, avec l’audace sans limite de mon extrême jeunesse, j’ai parcouru la côte Amalfi à bord d’une Fiat 500 bleue marine. J’ai dépassé les Alpha Romeo et les Lamborghini aux feux rouges, laissant leurs conducteurs sous le choc d’un bout à l’autre de la baie de Salerne.

Le temps a passé, sur moi aussi d’ailleurs, et l’Italie a dû subir quelques moments difficiles. Pourtant, là où elle aurait pu se laisser aller, elle reste une séductrice plus redoutable que jamais.

Donc, me revoilà, ma fille et ma carte routière à mes côtés, en route vers des contrées relativement inexplorées pour nous deux, la campagne qui s’étend, après Pise, entre Florence et Sienne.

On nous avait dit de ne surtout pas manquer San Gimignano, dont la construction remonte au 10è siècle, mais ce que nous cherchons, ce sont les merveilles secrètes et inattendues qui existent sous le soleil de Toscane.

Aussi magnifique que San Gimignano puisse être aux premiers rayons du soleil ou sous le dernier rayon de lune, les touristes sont omniprésents à toute heure du jour.

Au lieu de cela, j’avais dans ma poche une carte toute froissée venant de deux amis : « Si vous êtes en Toscane, venez nous voir, Nick et Piero ». Ils ont acheté une vieille ferme en-dehors d’une ville appelée Volterra.

Alors nous voilà au pieds des collines de Toscane, ignorant délibérément les panneaux conduisant à San Gimignano et mettant le cap « hors piste » en direction de Volterra. En route, il faut éviter les branches de pin qui nous barrent la route, et nous manquons presque le petit panneau marqué ‘Montebradoni’, qui nous indique d’aller tout droit. Je me félicite de ne plus être enfermée dans le moule à gâteau qu’était ma petite Fiat 500, tandis que nous progressons péniblement sur un chemin caillouteux quand soudain, devant nous, apparaît la Casa Costello, baignée par les derniers rayons du soleil couchant.

Notre ami a fait ce que Proust a décrit comme « transformer son rêve en adresse ». La Casa Costello était dans un état pitoyable quand ils l’ont trouvée. La maison avait besoin d’attention, suffocant presque sous les arbres négligés qui l’entouraient de toute part. Mais une fois le terrain dégagé, Nick et Piero avaient gagné l’une de ces vues à couper le souffle sur lesquelles Hollywood peut monter un film.

Areal view of Costello

Alors que nous devenions des familiers de la maison, nous avons rendu visite à des voisins et autres amis ‘simpatici’. Dans ce coin béni de la Toscane, nous nous sommes rendus compte que des vues comme celles-là, qui changent d’un jour à l’autre – brumeuse et mystérieuse un jour, éclatante comme un tableau Renaissance le suivant – ne sont pas rares. Il suffit de sortir de l’autoroute et de se laisser entraîner sur les petites routes pour découvrir des points de vue qu’il serait dommage de manquer.

Et puis il y a Volterra, presqu’entièrement ceinturée de murs, dotée d’œuvres d’art étrusques et de ruines romaines, et pourtant chaleureuse et accueillante pour nous, les nouveaux venus, qui avions l’impression d’être tombés sur un joyau. Le Duomo du 12e siècle est magnifique ; il y a un théâtre romain, habité de fantômes et de souvenirs. Sur le plus haut point de Volterra, là où l’on pourrait presque toucher le ciel du doigt, se trouve une acropole étrusque, avec une vue exceptionnelle qui s’étend de la mer aux Apennins. Volterra peut aussi se vanter de posséder l’un des cafés les plus sympathiques d’Italie, l’Incontro.

Kami et moi avons jeté la carte routière. Chaque matin, nous partions à la découverte, trouvant des vallées, des coins et des recoins où l’on ne parle que l’italien et où les touristes sont regardés comme des objets d’intérêt, et non comme des intrus. Nous avons siroté tranquillement dans notre cher Volterra Café, acheté des pots de miel local à chaque fois que nous tombions sur un panneau ‘mielle‘, noyé nos salades dans une huile d’olive vert sombre tirée de grandes jarres de terracotta entreposées dans des caves, puis nous sommes rentrées en courant à la Casa Costello pour voir les fleurs, en boutons ce matin-là. Nous avons admiré les couleurs des papillons et dégusté le vin local sur une terrasse en regardant le soleil se coucher sur notre belle vue.

Il y a des paysages splendides à découvrir partout dans le monde. Moi, ceux qui me touchent au cœur et me tournent la tête se trouvent en Italie.